Message de maman (hééé c'est moi la maman !)

A l'ère de la technologie, j'en profite pour créer un blog à mes louloutes pour tous ceux qui auraient envie d'avoir de leur nouvelles et de voir leur bouille entre deux cafés le matin.

La mise à jour du blog dépendra des deux principales intéressées...

Accrochez-vous, les premiers articles sont de longues palabres !


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# Posted on Wednesday, 25 June 2008 at 9:14 AM

Edited on Wednesday, 25 June 2008 at 10:01 AM

Récit d'une naissance double

Mardi 06 mai 2008

Visite chez le gynéco pour voir si mini M&F 2 a un peu poussé et si elle s'est décidée à se décoincer. Que nénni, sur l'écran elle a pas bougé en une semaine. Les poids sont estimés à 1kg 900 et 1kg 600 grosse différence, petit silence et justifications de la sage femme, bref anguille sous roche. Petit malaise. Après le soulagement du docteur la semaine passée, cette fois son attitude est un peu alarmante. Décision prise de se rendre au Chuv le lendemain pour passer de plus amples contrôles et la phrase tombe entre deux tentatives pour me rassurer. On ne prend pas le risque d'attendre une semaine de plus pour qu'elles arrivent au poids de 2kg pour accoucher au Samaritain, au risque de perdre un bébé.

Perdre un bébé. Après cette phrase, il peut me dire ce qu'il veut, j'entend rien. Elle résonne encore et encore et je m'efforce de garder la tête froide pendant qu'il me félicite d'en être arrivée jusque là et d'avoir fait le nécessaire pour qu'elles arrivent à 34 semaines. Je m'en fous.

Perdre un bébé.

Au moment de prendre mon dossier je craque, part en larme et vais me réfugier aux toilettes. Flavien s'occupe de parler avec les sages femmes et vient me consoler. Je reprend mes esprits, je me dit que rien n'est joué, qu'on est quatre et qu'on va bien s'en sortir, à quatre. Malgré tout, toute la fin d'après midi et toute la nuit, je ne peux m'efforcer de me faire une raison en cas de pépin, sans l'accepter.

Sans réfléchir, je prépare mes affaires pour l'hôpital, parce que de toute manière, dans tous les cas, je rentrerai pas avec Flavien à la maison le lendemain soir. La nuit sera, il va sans dire, humide et agitée.

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# Posted on Wednesday, 25 June 2008 at 9:20 AM

Récit d'une naissance double

Mercredi 7 mai 2008

Sortie de lit à 7h30. Rituels des « mauvais moments à passer » réalisés sans trop y réfléchir. Douche, lavage de tignasse, épilation, lunettes au lieu de verres de contact, enlever le vernis à ongle, ne pas se maquiller, s'habiller confortable, enlever les bijoux, ne pas se tartiner de crème.

Une tasse de lait et quelques céréales juste pour tenir le coup sans chutes de pression. J'y vais pour une écho, mais au fond je me doute bien qu'ils vont me garder à l'hôpital. Sans mot dire avec mon homme on se dirige plutôt tranquilles et un peu curieux à la maternité à 9h30. J'essaye de faire de l'humour et on projette d'une éventuelle naissance dans la semaine.

10h. Je m'annonce, on me dit que j'ai pas rendez-vous avant 11h pour l'écho. Je sais que j'ai bien compris la cheffe de clinique au téléphone qui me donnait rendez-vous à 10h pour voir mon dossier. Je ne me rappelle plus de son nom. On croise la sage femme du cabinet devant la machine à café. Elle fait de l'humour et nous souhaite tout de bon, mais ne peux me donner le nom qu'il me faut. Je retourne à la réception, et heureusement, ce jour là y travaille la marraine à Chloé. Elle me prépare les étiquettes d'entrées, j'appelle le cabinet à Vevey, je lui donne le nom, elle l'appelle et effectivement le rendez-vous n'a pas été noté, mais nous sommes bel et bien attendus à 10h.

10h30. On passe en salle d'écho pour transmettre mon dossier, personne n'est au courant et on nous redirige plus bas. Salle policlinique pleine c'est un peu la faune éthnique. On attend parmi une foule de femmes enceinte jusqu'au cou. Je commence à m'énerver. Je ne suis pas bien, ça me gonfle, j'en ai marre, je suis inquiète. En attendant de recevoir mon plateau avec mon godet à pisse Flavien avertit la réception qu'on est attendus plus loin à 11h. On nous demande de patienter et d'attendre ici avant d'aller faire l'écho. Sortie des chiottes, une petite dame vient en courant demander Madame Baumgartner pour l'écho.

11h15. On m'installe dans la salle d'échographie. La dame qui a eu mon dossier - qui entre temps est reparti en salle policlinique – une jeune apprenante et la sage femme, qui du coup n'a pas pu voir mon dossier. On passe sur mini M&F 1 tout va bien, elle nous prédit un poids plus petit et les appareils ici sont beaucoup plus sophistiqués. Madame ne parle pas beaucoup.

L'écran est au fond de la salle sur ma droite, je suis sur le point de me faire un torticolis. Je suis zen, on s'occupe de nous ça commence. Dans quelques minutes, on aura la réponse à nos doutes.

Puis on passe sur mini M&F 2. Elle tourne autour de mon bidon pour bien la prendre, idem, on arrive pas à la voir comme il faudrait. Elle s'acharne un peu, me demande de me mettre sur le côté, de me replacer sur le dos et regarde les pulsations cardiaques. Pendant louloute 2 j'ai les yeux rivés sur Flavien et sur l'écran. Sur l'écran, soudainement, le signal visible est brouillé, impercéptible. Le signal sonore lui, semble s'estomper. Au lieu des bips bips fréquents et rapides du premier bébé, ils sont lents et inaudibles. A ce moment précis, je m'apprête à voir comme dans tout mauvais soap le signal se perdre, la ligne arriver.

La petite dame impassible a la pupille qui se dilate et les veines saillantes qui gonflent d'un coup. Je l'observe, elle, en écoutant le petit c½ur battre fébrilement. Elle me donne alors un grand coup dans le ventre avec sa sonde pour réveiller bébé. Et prononce à son assistante :

« Appelle la salle qu'ils viennent chercher Madame avec une chaise, elle part en salle d'accouchement maintenant. »

...

La tension monte, la petite jeune s'approche de l'écran et l'assistante demande à nouveau confirmation des ordres. Elle se rappelle plus du numéro, ni ce qu'elle doit dire. Je capitule. Je regarde Flavien et commence à me faire à l'idée qu'il pourrait bien y avoir une grosse couille... J'ai envie d'hurler à la Napolitaine, faire une scène, paniquer, pleurer, hurler. Mais je me dit que mon état peut bien influencer tout le reste. Je nous fais confiance. J'essaye de m'en convaincre en tout cas.

Flavien semble zen aussi, comme moi, il cache bien son jeu, on essaye de se rassurer l'un l'autre sans paniquer. Il part alors aussi sec chercher mon dossier à l'étage du dessus pour être sûr qu'ils aient toutes les données en main pour la suite. Je me vois déjà partir sur la chaise sans lui lorsqu'il revient. Soulagée, on monte ensemble dans une chambre. Sincèrement, je crois que j'ai buggé après. Je me rappelle plus comment je suis arrivée dans la chambre et comment je me suis retrouvée en nuisette sexy d'hopital avec système de climatisation par l'arrière. Je sais plus comment je me suis douchée. Nada.

12h30. On se retrouve donc dans une chambre avec voisine souffrante et soupirante et un doppler pour écouter le c½ur des bébés, le temps qu'ils préparent la salle d'opération. Il va sans dire que ce sera une césarienne et un pédiatre de l'unité, vient me faire son speech sur ce qui va se passer. Il aurait pu me parler en hébreu, ça aurait fait le même effet. Ouvrez moi et sortez la petite, c'est tout ce que je voulais lui dire. La péridurale tant redoutée était le moindre de mes soucis et il aurait pu me retirer la moitié de mes organes que je disais oui.

13h30. Yeux et oreilles rivés sur ces putains de graph de pulsations cardiaques, je me rends compte que j'ai aussi des contractions sévères régulières et que je peux les anticiper. Louloute 2 nous refait un petit coup de, je décide de plus faire battre mon c½ur, et c'est à nouveau l'angoisse solitaire avec mon homme, impuissants devant cette courbe qui se casse la gueule. Je tente donc de me filer un coup dans le bide comme précédemment la sage femme, puisque ça a fonctionné une fois, ça doit le refaire. Et ça le refait. Le graph redevient normal et intérieurement je demande aux petites de s'accrocher, on y est presque.

On déconne un peu avec Flavien, on essaye de faire tomber la pression comme on peut. On fait les dernières photos de mon bidon et on essaye de se projeter dans l'étape « parents » qu'on va intégrer dans moins de 4 heures. C'est surréaliste, mais ça nous ressemble bien.

16h. On vient nous chercher. Il préparent mon homme, pendant qu'ils me posent la péridurale. La salle d'opération est impressionnante, il y a un monde fou là dedans, et moi je suis réveillée. On parle de gâteau au chocolat derrière moi et de la sortie du vendredi soir, alors que je suis affamée et paniquée à l'idée de perdre un bébé. Je suis sur une autre planète. Je respire, je reste zen et on me le reproche, croyant que je pars dans les pommes. Flavien arrive, me pose les mains sur les épaules et ça peut commencer.

16h55. « On commence Madame » Je le sens. J'ai pas mal, mais je sens la lame. J'ai aucune sensation mais je sens les mains farfouiller à l'intérieur. J'essaye de me conditionner, de me dire que ça va passer et que c'est pas grave.

17h10. Je regarde les yeux de chouchou et sent le premier bébé sortir d'un coup. L'infirmière à ma gauche dit à Flavien : « Vous voulez regarder Monsieur ? Le premier bébé sort ! » D'un coup, je vois Flavien se lever derrière moi et pense intérieurement, qu'il ne devrait pas et qu'il va verser. Il se rassied me prends les épaules et me dit : « Notre fille chouchou, notre fille ! »

A cet instant, je suis plus impressionnée par la réaction de mon mari plutôt que de la sortie de louloute 1.

Je l'entends alors pousser son petit cri d'arrivée sur cette planète et j'ai envie de m'écrouler, une sensation bizarre m'assaille, un bonheur infini, une poussée d'endorphine énorme qui me fait verser des larmes chaudes que je sens se glisser abondamment dans mon cou, une envie, celle de me lever et de regarder ma fille, celle de voir ce qui se passe, celle d'hurler de me laisser la prendre. Je me ravise, dans ma tête, le bonheur infini risque de prendre fin là tout de suite. Il me reste louloute 2. C'est elle que je veux entendre hurler.

17h12. Les chirurgiens appuient méchamment sur le haut de mon ventre et des mains en extraient notre deuxième petit bout. Ce ne sont que deux minutes d'écart, ça semble une éternité. J'ai envie de prendre les mains de Flavien et de les serrer fort en y cherchant un réconfort silencieux, mais attachée en crucifix je me sens aussi impuissante que Jésus sur sa croix. Je comprends maintenant pourquoi on est attachés dans ces cas là. Puis idem, je sens mon estomac se vider, je me sens raidir en l'attente d'un cri, d'un tout petit cri. La salle devient silencieuse, je regarde Flavien pour me rassurer, j'attends, tout s'arrête.

Cri de pleurs, là... j'ai envie de m'évanouir.

Ce que je fais, je crois, l'espace de quelques secondes. Je peux crever maintenant, je m'en fous, elles sont prises en charge. La salle est vide, tout le monde est parti avec les petites, reste plus que les deux chirurgiens, l'anésthésiste et une infirmière. Le gros du staff s'affère sur mes petites dans une salle à côté. On me dit que tout va bien, que tout s'est bien passé, qu'on me recouds, que je peux me reposer. Pas envie. Je veux les voir. Je me retourne vers la porte du SAS qui détient mes filles et mon homme. Je veux voir ce qui se passe, je vois rien. Flavien fait des allers-retour pour me dire qu'elles vont bien, que tout va bien. Même lui, je ne le crois pas. Je joue mes Saint Thomas. Montrez-les moi bordel.

Du coup un grand vide. Le stress, l'euphorie, la peur. Je reverse une larme mais de rage. Me sent toute seule, on continue de parler soirée du week end derrière moi, je fais partie des meubles. Flavien débarque paniqué pour me demander quel prénom on donne à qui. Je souris, lui dit de regarder la tête des filles et de choisir, il repart. Puis soudain on m'annonce l'arrivée de ma petite Louane, en couveuse.

« Regardez Madame, votre jolie petite fille »

Je tente de me retourner la tête à 90° j'y arrive pas vraiment. Je vois la grosse bulle de plastique dans laquelle repose une toute petite chose, j'ai envie de tendre la main, peine perdue, je suis toujours attachée. 3 secondes et demie puis re-silence dans la salle. J'attends alors qu'on me présente la deuxième petite chose. Je regarde fixement la porte du SAS qui ne s'ouvre que très peu. Je vois les médecins affairés autour de la couveuse, je ne vois pas Emma. Flavien revient, tente de me faire sourire. On m'annonce que je suis à nouveau étanche et on me transporte dans la salle de réveil. J'ai envie de m'y opposer. Je veux voir Emma. Mais je suis juste un lit que l'on déplace. Dormez, récupérez, vous la verrez plus tard.

C'est cela oui, je vais m'endormir comme ça, en oubliant les 6 dernières heures les plus importantes de ma vie. Je demande sans cesse à l'infirmière peu aimable de la salle de réveil quand je pourrais voir Emma. En guise de réponse elle me teste la sensibilité des jambes qui se réveillent peu à peu. Je sens pas ma jambe gauche, où est ma deuxième fille ? Reposez vous. Où est ma deuxième fille ? Du coup je me dit que si je veux bouger de cette salle, faut que je lui dise que tout se réveille chez moi. Elle me demande alors à nouveau après une heure si je sens ma jambe gauche. Je la sens pas, mais je lui dit que oui. Elle me déplace vers le fond de la salle et m'assied dans le lit. On m'annonce l'arrivée d'Emma. Enfin. La bulle en plastique s'arrête devant mon lit, je demande à ce qu'on me donne mes lunettes, sinon je vois que dalle, on les trouve pas, je tente de m'approcher alors pour voir mon petit bout, mais j'arrive pas à bouger. Rage. Réelle. Ras le bol d'être impuissante de la sorte. A peine je me débats pour me soulever, que l'infirmière me rabat sur mon lit et Emma repart illico au service néo nat.

« Vous les verrez ce soir Madame »

Et si j'ai envie de les voir là, maintenant, tout de suite ? Je me fais une raison. J'ai « vu » mes deux filles, tout le monde s'occupe d'elles, Flavien est avec, je peux verser.

S'ensuit alors la vague agréable et désagréable de réveil. Je me réveille, je me rendors, je me réveille, je me rendors. Là aussi, le temps passe affreusement lentement. Flavien débarque encore habillé de sa tenue vert médecin. Beau gosse ce médecin. Je suis sa femme en plus. On plaisante, je lui sussure quand même à demi mot que je sens pas ma jambe gauche, plus d'une heure après. Mais que ça va le faire. Il me dit que les petites vont bien.

Je repars dans ma phase somnolente, ouvre les yeux et voit une foule devant la porte sur ma gauche, il me semble reconnaître la silhouette sur le pas de porte, je tends le bras pour prendre mes lunettes (bordel ce que c'est chiant d'être myope) et j'entends « C'est Mé !! »

Mes frangines en larmes et mes beaux frères. A l'étonnement, succèdent les larmes. On se retrouve toutes les trois à pleurer, moi de joie, elles d'inquiétude. Sûre que Flavien les avait appelées pour leur dire, je me rends compte qu'elles ne savent rien. Je leur dit qu'elles sont là, que tout va bien. Alors on reprend de plus belle, mais de joie seulement cette fois.

Ça me fait un bien fou de les voir là. On se fait remettre à l'ordre par l'infirmière qui les renvoie dehors. Je vais bien, plus envie de dormir là, faites moi bouger d'ici. V½ux exaucés mais pas comme prévu, elle me déplace dans le couloir, comme ça je peux parler à tout le monde.

Cette journée aura été définitivement surréaliste. Même le plus grand chef d'½uvre de Dali, n'arrive pas à la cheville de ce tableau humain d'émotions. Je suis donc dans mon lit dans le couloir, au téléphone avec maman qui sentait que quelque chose se tramait, entourée de mes s½urs et de mon mari entre euphorie et ébahissement. Tout cela est bien joli, mais j'arrive toujours pas à faire bouger ma jambe gauche et je veux aller voir mes filles. Les frangines repartent le c½ur plus léger et on me dépose dans ma chambre.

Re vide qui me tombe sur le coin. Je demande à voir mes filles. 22h. Trop tard pour l'infirmière de nuit seule, qui ne peut me déplacer à l'étage en dessous. Soit. J'attends 10 minutes et je re sonne. Je veux voir mes filles.

Impossible, demain.

Flavien est pas là, je peux pas bouger. Rage à nouveau. Je recommence. Je re sonne. Je veux voir mes filles.

Du coup sentant bien que j'allais mener ce cirque toutes les 10 minutes, l'infirmière part un peu énervée chercher quelqu'un qui pourrait me déplacer. Elle trouve. Je lui sourit amèrement.

Merci Madame.

Devant la porte de la néo nat palpitations. Comme s'il s'agissait d'un premier rendez-vous. Je vais officiellement rencontrer mes filles. Je réalise pas. Je me le répète comme pour mieux l'intégrer. Une pointe d'énervement à l'encontre de mon homme qui est là bas, et qui m'a laissée seule dans ma chambre. Une pointe d'énervement pour tout le service, qui ne s'occupe plus que de mes nanas, me plantant dans un coin, comme un vulgaire tabouret. (Bon travail Madame, on vous rappellera, soyez gentille, restez ici maintenant...)

Tout ça se bouscule dans ma tête énergétiquement, compensant l'inertie de mon corps.

J'arrive fébrile dans la salle des couveuses, Flavien vient à ma rencontre. Egoïstement, je dois avouer que là tout ce qui compte c'est de me rendre compte par moi-même, que j'ai bien mis au monde les deux louloutes. De me rendre compte par moi-même que ça va vraiment. On me traîte tellement en objet, que je me doute qu'on me cacherait un quelquonque problème aisément.

On place alors mon lit près de la première couveuse. Bonjour petit d'ange. Une toute petite chose fragile, belle, mais pleine de tuyaux. Il fait sombre dans cette salle, je suis fatiguée aussi. J'observe sans réaliser, mais je suis là, au moins. Puis on me déplace, je dérange. Il faut faire les premiers soins. Une jeune et jolie infirmière blonde à les mains sur mon bébé et sur celles de mon mari, qui euphorique, me dit qu'il a fait le premier massage d'Emma. Jalousie malsaine. Des sentiments violents que je tente de mettre sur le coup de la journée un peu stressante que j'ai subi.

C'est pas grave Mélane, c'est pas grave. Ça va passer.

Ça passe pas, j'ai envie de les toucher du bout des doigts aussi. Impossible. Je peux pas bouger de mon lit, j'ai mal, et la couveuse est trop haute. Je les vois à peine. J'ai envie de faire du sitting, rien que pour emmerder la jolie sage femme qui se marre avec mon homme pendant que je me retourne les tripes au propre, comme au figuré.

Je me sens vidée, impuissante, moche, inutile.

Je propose une votation pour ne prendre que de vieilles sages femmes pour les premières heures de tous les bébés. Ça aiderait au moral et au sentiment de vide qui assaille toutes les jeunes mères juste après l'accouchement. Après tout ce qu'on traverse on pas besoin de ça en plus.

Puis me revient le sentiment de peur, celui de me dire que oui, elles sont là, mais la première nuit est décisive. Alors animalement, je garde en tête que tout n'est pas gagné. J'attendrai demain pour me dire que effectivement, j'ai deux filles. Et je m'en veux de pouvoir encore penser en perdre une.

On me repousse dans ma chambre. Je retourne parmi les meubles inertes et silencieux. Flavien a réussi à me trouver une chambre privée. Je dois me reposer. Cette phrase finira par me rendre dingue. Une fois mon homme salué et la porte fermée, sanglots. Gros sanglots.

Me sent plus seule que jamais.


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# Posted on Wednesday, 25 June 2008 at 9:30 AM

Récit d'une naissance double

Jeudi 08 mai 2008

Réveil humide donc, courbaturé, et prompt. Etrange aussi, mon ventre est tout plat, j'aurai jamais pensé que je m'y ferais autant à ce ventre rond qui commençait à me gonfler. Là ça manque un peu. « Faut vous reposer » alors qu'elle m'a réveillée pour la pression et la température à 6h30 du mat. C'est cela oui. Je veux voir mes filles.

Après le petit déjeuner. Un thermos de thé de fenouil et 1 biscotte, j'appelle pas ça déjeuner. Je veux voir mes filles.

Après les examens du matin. Vous avez mal ? Oui. Un peu. C'est normal non ? Oui (alors pourquoi tu demandes ?) Je veux voir mes filles.

Après que vous ayez tiré votre lait. C'est sûr, c'est super motivant pour stimuler la montée de lait de se le tirer dans une chambre vide plutôt que devant la frimousse de mes filles. C'est fait. Je veux voir mes filles.

Compliqué, avec le lit. Faut appeler quelqu'un en plus.

Ok cette fois, j'en ai marre qu'on me prenne pour une conne. Il est onze heures passée je décide de me mettre dans la chaise roulante. Tant bien que mal en ayant mal, je parviens à me tenir assise. Je re sonne. Je me fais recevoir. Je devrais pas, c'est trop tôt, c'est pas bien. Oui mais c'est plus pratique, vous pouvez maintenant toute seule m'amener voir mes filles, cool non ?

Flavien arrive, c'est finalement lui qui m'amènera voir les louloutes. Là, je suis plus ou moins à hauteur, je peux les toucher, enfin.

J'y suis. Elles sont là. Alors pourquoi je réalise pas ? J'ai peur que le lien maternel ne soit tout à coup pas si simple et spontané qu'il devrait l'être. Nos filles. C'est à nous. Elles sont belles. Elles vont bien. On est parents. On est 4 maintenant.

Flavien semble faire le même travail de persuasion que moi, on en est conscients mais on réalise pas. Heureusement en ce jeudi matin, il y a une douceur Canadienne. Nadia, une sage femme gentille et avenante qui non seulement s'occupe de nos filles à merveille, mais s'occupe de nous aussi.

Elle propose alors d'opérer au contact physique, en les prenant dans nos bras, et en leur proposant mon sein. Oui celle ci est aussi une jolie femme, mais je l'aime beaucoup, à l'inverse de plein d'autres, elle a un réel contact humain, utile et en même temps retiré, discret, nous laissant enfin la place de jeunes parents que nous sommes. Elle restera notre meilleur souvenir du séjour.

C'est alors que toute la journée de jeudi, on apprivoise ces petits gestes tout doux de manipulation de petites filles fragiles. Le monde extérieur n'existe plus, on envoie vaguement des signaux de fumée pour annoncer leur naissance, mais au fond, tout ce qu'on veux, c'est observer nos filles étonnés d'avoir pu « fabriquer de toutes pièces » ces petits anges.

Au premier contact au sein de Louane, je me suis rendue compte que finalement, j'étais déjà prête depuis longtemps à tout donner pour elles, que au fond, l'instict maternel, il débarque tout seul. Et le paternel aussi d'ailleurs, c'est génétique.

Y a rien à faire, on les aime avant même qu'elles nous regardent et qu'elles ne comprennent que parmi tous ces gens qui les manipulent, c'est nous qui allons les protéger et leur donner tout ce dont elles ont besoin, sans réfléchir.

La journée passe vite, en semi mode radar pour moi. Je suis crevée.
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# Posted on Wednesday, 25 June 2008 at 9:33 AM

Récit d'une naissance double

Vendredi 09 mai 2008

On essaie de mettre Emma au sein. Petite déception, la pauvre pitchoune n'y arrive pas. Avant que j'aie l'impression de l'étouffer avec mon gros mamelon, on la laisse se reposer. En dehors de la couveuse, elle lutte grave. Je suis toujours sur oxo. Premières visites de la famille. Récit d'aventure et retour auprès des petites. Je me sens larguée, même si je suis présente, Flavien a déjà tous les gestes de soins acquis, moi je fais que regarder, vu que je peux pas me lever. Le papa se fait son premier malaise de papa, à cause d'une intraveineuse nocturne sur Emma. Premières envie de tuer parcequ'on fait du mal à nos petits.
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# Posted on Wednesday, 25 June 2008 at 9:35 AM